Rats à Montréal : pourquoi les plaintes ont bondi de 70 % — et quoi faire chez vous
Les plaintes pour rats ont augmenté de 70 % en deux ans à Montréal. Derrière les chiffres, trois causes concrètes — et une réalité que peu de propriétaires comprennent : la Ville ne peut pas régler le problème à votre place.

Les chiffres : une hausse de 70 % en deux ans
Le service 311 de la Ville de Montréal a reçu plus de 1 700 appels concernant des rats en 2024, contre environ 1 000 en 2022. C'est une augmentation de près de 70 % en deux ans seulement.
La progression n'est pas répartie également sur le territoire. Entre 2022 et 2024 :
- Ville-Marie a vu les plaintes plus que doubler ;
- Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension a également plus que doublé ;
- Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce a plus que triplé.
Quant à la population de rats elle-même, les estimations avancées évoquent environ six millions d'individus sur le territoire montréalais. Un chiffre à prendre pour ce qu'il est — une estimation, pas un recensement — mais qui donne l'ordre de grandeur.

Trois causes concrètes, et aucune n'est la malchance
1. Les chantiers et le réseau d'égouts
C'est le facteur le plus sous-estimé. Les travaux d'égouts et les excavations majeures délogent des colonies établies qui vivaient sous terre depuis des années. Ces rats ne disparaissent pas : ils remontent et cherchent un nouvel abri dans un rayon de quelques centaines de mètres.
Nous observons systématiquement ce décalage sur le terrain : chaque phase d'excavation majeure produit une vague d'appels résidentiels dans les rues adjacentes, deux à quatre semaines plus tard. Si un chantier ouvre devant chez vous, c'est le moment de faire inspecter votre périmètre — pas trois mois après.
2. Le moment de sortie des déchets
Sortir ses bacs la veille au soir transforme la rue en buffet nocturne. Le rat est un animal opportuniste : il ne s'installe pas où il y a de la place, il s'installe où il y a de la nourriture accessible de façon fiable. Un seul immeuble mal discipliné suffit à nourrir une colonie qui affectera toute la rue.
3. Le bâti ancien
Les rats sont plus nombreux dans les quartiers les plus anciens de la ville, où les égouts vieillissants présentent des fissures et des raccords défaillants. Les fondations de pierre et les sous-sols semi-enfouis de ces secteurs offrent ensuite des points d'entrée que le temps a élargis.
Pourquoi la Ville ne réglera pas le problème à votre place
C'est le point que beaucoup de propriétaires découvrent trop tard.
À Montréal, chaque arrondissement est responsable de gérer sa propre population de rats. Et la capacité d'intervention municipale reste limitée par une contrainte simple : les pièges et le poison ne peuvent pas être utilisés dans les espaces publics.
Autrement dit, la Ville peut agir sur les causes structurelles — collecte, égouts, réglementation des chantiers — mais elle ne viendra pas traiter le terrier sous votre galerie. Un plan de dératisation adopté à l'unanimité en 2023 fait d'ailleurs l'objet de critiques de l'opposition, qui lui reproche de ne pas avoir été mis en œuvre.
La conséquence pratique : sur une propriété privée, l'intervention relève du propriétaire. Attendre une solution municipale, c'est laisser la colonie s'établir.

Les signes qui précèdent l'infestation visible
Voir un rat en plein jour signifie généralement que la population est déjà importante : les rats sont nocturnes et méfiants. Bien avant cela, d'autres indices apparaissent.
- Des excréments de 1 à 2 cm, en forme de grain de riz allongé, souvent le long des murs.
- Des traînées grasses sombres le long des plinthes et des tuyaux — les rats suivent toujours les mêmes trajets et leur pelage laisse un dépôt.
- Des terriers de 5 à 10 cm de diamètre près des fondations, sous les galeries, les cabanons ou les composteurs.
- Des marques de rongement sur le bois, le plastique, les fils électriques — c'est le risque d'incendie le plus concret d'une infestation.
- Des bruits de course dans les murs ou les plafonds, surtout au crépuscule et à l'aube.
Les points d'entrée à colmater, par ordre de fréquence
Un rat adulte franchit une ouverture de la taille d'une pièce de deux dollars. Voici ce que nous trouvons le plus souvent en inspection :
- Les margelles de fenêtres de cave. Dans les sous-sols semi-enfouis, la margelle forme un puits où le rat descend directement. Nous les grillageons en acier inoxydable maille 6 mm — c'est l'intervention la plus rentable et la moins demandée spontanément.
- La jonction entre la dalle et la fondation, particulièrement au garage attenant.
- Les traversées de tuyauterie et de câbles non obturées, à l'entrée d'eau comme à la sortie d'égout.
- Le bas des portes de garage et de sous-sol dont le joint est usé.
- Les fissures de fondation élargies par les cycles de gel et dégel.
Un avertissement important : ne colmatez jamais au moyen de mousse expansive seule. Un rat la traverse en une nuit. Le colmatage doit combiner un élément mécanique — grillage métallique, laine d'acier, tôle — et un scellant.

Pourquoi appâter l'intérieur ne suffit jamais
C'est l'erreur la plus courante, et elle coûte cher.
Quand le réservoir de population est à l'extérieur — berges, ruelles, emprises ferroviaires, terrier sous une galerie voisine — poser des appâts uniquement à l'intérieur du bâtiment ne fait que prélever les individus qui entrent. La colonie se reconstitue aussi vite qu'on l'éclaircit.
Un traitement qui tient combine trois volets :
- Le périmètre extérieur, avec des stations sécurisées placées sur les trajets réels, hors de portée des enfants et des animaux ;
- L'exclusion physique du bâtiment, qui empêche la recolonisation ;
- La suppression de la source alimentaire — gestion des bacs, compost, mangeoires à oiseaux, nourriture pour animaux laissée dehors.
Sans le troisième volet, les deux premiers ne font que déplacer le problème chez le voisin. Notre guide du traitement préventif extérieur détaille la barrière périmétrique.
Le cas particulier des quartiers en bordure d'eau
Le long du fleuve, du canal de Lachine et de la rivière des Prairies, la dynamique change complètement. L'eau libre ne gèle pas entièrement, ce qui signifie qu'il n'y a pas d'accalmie hivernale : la population reste active de janvier à mars, contrairement aux quartiers de l'intérieur.
Sur ces propriétés, nous maintenons les stations actives toute l'année, là où ailleurs nous les retirerions. C'est une différence de protocole qui explique pourquoi un traitement « standard » échoue souvent en bordure d'eau.
Si vous êtes propriétaire d'un immeuble
Dans un immeuble locatif, une infestation de rats engage votre responsabilité au titre de l'habitabilité du logement, et le Règlement sur la salubrité, l'entretien et la sécurité des logements interdit la présence de vermine. Une intervention documentée vaut mieux qu'une intervention seule : un rapport signé mentionnant le permis, les produits homologués et les zones traitées vous protège devant un inspecteur municipal ou le Tribunal administratif du logement.
Vos obligations et notre protocole immeuble sont détaillés ici.
Sources
Données de plaintes au 311 et répartition par arrondissement : Radio-Canada, Les plaintes pour présence de rats explosent à Montréal. Facteurs de prolifération, responsabilité des arrondissements et limites d'intervention dans les espaces publics : même source, citant la Ville de Montréal et l'opposition municipale.
Questions fréquentes
Pourquoi y a-t-il autant de rats à Montréal en ce moment ?
Est-ce que la Ville de Montréal va venir exterminer les rats chez moi ?
Quels arrondissements de Montréal ont vu le plus de plaintes pour rats ?
Peut-on boucher un trou de rat avec de la mousse expansive ?
Pourquoi les appâts à l'intérieur ne règlent-ils pas le problème ?
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